#36 UNE COMEDIE D’ENFER

22 avril 2020

« Vous qui entrez, abandonnez toute espérance » ( Lasciate ogne speranza, voi qu’intrate)  est un des premiers vers de LA DIVINE COMEDIE, et le seul qui a traversé les siècles jusqu’à nous (environ 7, si j’ai bien compté). Cela donne à réfléchir, pourquoi ce seul vers nous reste-t-il d’une œuvre qui en comporte des milliers ? C’est une phrase saisissante, elle fait penser, elle fait peur aussi.

C’est la porte des enfers qui parle. Elle parle à Dante Alighieri, poète et homme politique florentin (oui à cette époque on pouvait être les deux à la fois). Il a 41 ans à ce moment là, et il pense être au milieu de sa vie, en quoi il se trompe. Forcément, il est terrifié, et réussit à convaincre Virgile de l’accompagner. Virgile est un poète romain qui a vécu 300 ans plus tôt. Pas grave, il a l’air en parfaite santé, c’est un homme rassurant.

Le mot « comédie » prête à confusion, ça n’a rien d’une pièce de Pierre Palmade. C’est une longue pièce en vers, ça s’appelle comédie en ces temps là. Elle est « divine » car elle eut tant de succès qu’on la pensait vraiment inspirée de Dieu lui-même dans sa perfection. C’est aussi la première œuvre en « italien », je mets des guillemets car l’Italie politique n’existe pas encore, c’est pour dire vrai du toscan, et non plus du latin.

L’auteur est connu par son seul prénom, ce qui est déjà remarquable, il nous a légué un adjectif, « dantesque » qualifiant tout ce qui a un rapport avec l’enfer, la terreur, l’épouvante. Dante a le génie de géolocaliser l’enfer, le purgatoire et le paradis, il décrit ces endroits extraordinaires avec force détails concrets qui nous donnent la mesure de son imagination. Extraordinaires oui, car en principe on ne peut les visiter que mort.

Dante a une deuxième idée de génie, en entreprenant ce voyage « d’enfer », il raconte très précisément les punitions très élaborées subies par les damnés, et convoque tous les personnages des temps passés, personnages fictifs ou réels qu’il place avec dextérité dans les différents endroits de l’enfer, suivant la gravité de leurs fautes.

C’est une époque où on pense que la terre est au centre de l’univers. Dante décide que l’enfer sera au centre de la terre, avec Lucifer tout au fond, c’est un gouffre en forme d’entonnoir. Ce gouffre a été creusé par l’ange Lucifer quand il a été jeté du haut du ciel par la colère de Dieu, une sorte de chute de météore, gros dégâts ! Il en est sorti la montagne du Purgatoire. 

Dante délimite neuf zones en forme de cercles concentriques, plus on s’enfonce, plus le cercle rétrécit, plus la faute est grave.

Ce qui est très amusant c’est qu’il place ses ennemis dans ce royaume infernal, il se venge par procuration. Mais il rencontre aussi Ulysse, Mahomet, des papes, des financiers, des commerçants, de grands seigneurs, toutes les classes sociales s’y retrouvent. Tout en bas c’est l’étage des traîtres, ils ne sont que 3, les traîtres majuscules, Judas qui trahit le Christ, Caïus et Brutus qui trahirent César.

Le premier cercle contient ceux qui ont eu le malheur de naître avant Jésus, il y a des gens très bien, Platon, Socrate, Eschyle, Homère, Ovide, etc…Viennent ensuite en 2 les morts par amour, beaucoup de femmes évidemment, Cléopâtre, Didon, Sémiramis, puis en 3 les avares et prodigues, en 4 les gourmands, en 5 les coléreux et les moroses, en 6 les hérétiques, les violents, en 8  les trompeurs, les traîtres dans le neuvième et dernier cercle. Si on s’y intéresse, c’est beaucoup plus compliqué que ça, très détaillé. 

L’idée m’est venue de placer dans ces cercles tous les gens qui nous font du mal, en imaginant les supplices que je leur infligerais. C’est amusant, ça distrait quand on est confinés.

On peut ajouter ou retrancher des cercles, répertorier des pécheurs que Dante ne nomme pas : les incompétents,  les arrogants, les stupides, les dictateurs, les spéculateurs, les inventeurs d’épades, les affameurs,  les conducteurs de trottinettes, les présentateurs de téléréalité, certains chanteurs…à votre gré ! 

A découvrir si vous ne connaissez pas, un drôle de peintre hollandais du XVe s., Jérôme BOSCH, qui fit des tableaux infernaux !