#44 LES VIEILLES

Las vielhas que son dau país,
Tot en brochant quauqua chausseta,
Se ’n van far lo torn daus vesins,
Per talhar ’na pita baveta.
Las vielhas que son dau país,
Se ’n van far lo torn daus vesins.

Chanson “folklorique” du Limousin, je dirais plutôt « populaire ».

Vieille aujourd’hui j’en suis une
Mais que veut dire ce mot odieux
A partir de quel âge loi commune
On devient vieille, on devient vieux

Aujourd’hui c’est beaucoup mieux
A cette heure nous sommes des seniors
On met des baskets on fait du sport
On est en bien meilleure santé
On court on fait des randonnées
Moins de rides sur nos visages
Ah non vous ne faites pas votre âge
On vit beaucoup plus longtemps
Vainqueurs des outrages du temps
Notre cerveau agile est en bon état
Mais attention au premier faux pas

Vient le début des soins gériatriques
Rappelez-vous Géronte le barbon
De Molière les comédies satiriques
Attention aux souvenirs qui s’en vont
A la chute fatale terrible dépendance
On glorifie les vieux triomphants
Mais on n’aime pas les perdants
Ça va plus vite qu’on ne pense
Tu n’arrives plus à te lever
Tu trébuches tu fais tout tomber

Et là tous oublient qui tu étais
Où tu es né, ce que tu as fait
Tu deviens de la chair à épade
Entouré de fous et de malades
Te voilà clos dans une chambre
Peu à peu on t’enlève l’espoir la foi
S’il t’en restait oublie c’est la loi
De ces endroits raisonnables
Dis donc elle est rude ta fable
Ah oui vous manquez d’imagination
Vous serez dans cette situation
Si vous ne faites rien pour arrêter
Cette interminable cruauté

Alors je préfère me rappeler
Ma grand-mère sa silhouette
Ses bras aimants sa mine inquiète
Et toutes les vieilles comme elles
qui n’ont pas connu cette indignité
la mort avant la mort
la solitude et le mauvais sort
des maisons de vieux prisonniers
coupables de la vie et du progrès

oui je sais ça ne va pas vous plaire
mais il n’est plus temps de se taire