#45 MEMOIRE DE MEUBLE

«Celui qui entre par hasard dans la demeure d’un poète,
Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui,
Que chaque nœud du bois renferme davantage,
de cris d’oiseaux que tout le cœur de la forêt…».
Les biens de ce monde René Guy CADOU 1951 .

Dans ce meuble que vous voyez là
Sont cachés des éclats de rire des voix
Derrière les vitres on a posé de la vaisselle
Des verres à fond épais des assiettes
Celles qu’on sortait les jours de fête
Les meubles sont des amis fidèles

Dans les armoires les grands draps pliés
Les habits du dimanche les nappes brodées
Tout au fond dans les tiroirs des souvenirs
Des vieilles coiffes des habits d’enfant
Des petits chaussons des parements
De berceau les étagères sentent la cire
La tête du lit est ornée de moulures
des petites fleurs de bois des cannelures

Sur le parquet des ombres de pas
flottent dans les vapeurs du matin
Les portes ont des soupirs tout bas
Le long des murs des empreintes de main
Sur la table la trace des bougies
Les ronds laissés par des verres vides
Les meubles ont laissé une petite magie
Le menuisier est mort ils sont valides

Les chaises grincent la paille s’effiloche
Sur les vieux habits la laine s’accroche
Aux vieilles échardes aux vieux clous
Les vieux meubles sont des garde-fous