#41 EN MARCHE de toute façon

Victor Hugo parle avec un vieil ami de sa famille, royaliste émigré qui revient en France. Lui, Hugo n’est plus royaliste, mais républicain. Il a changé. Le vieil homme pleure le vieux monde.

Cet extrait est tiré du livre 5 des Contemplations.

Ce livre 5 s’appelle EN MARCHE

« Vous nous disiez: «Quel deuil! les gueux, les mécontents,

Ont fait rage; on n’a pas su s’arrêter à temps.
Une transaction eût tout sauvé peut-être.

Ne peut-on être libre et le roi rester maître?

Le peuple conservant le trône eût été grand.»

Depuis le début du confinement
J’adore me livrer à un passe temps,
Trouver en d’anciennes lectures
Des avertissements sur les ratures,
Les dérapages de notre époque.
Mais du passé tout le monde se moque.

L’Histoire dit-on, ne se répète jamais.
Pourtant elle a quand même des hoquets,
Des haut le cœur rances, des aigreurs
Des renvois qui rappellent des malheurs
Qu’on aurait pu éviter avec de la mémoire,
Quelques lectures et un peu de bon sens.

Alors le problème c’est l’ignorance ?
Aujourd’hui tout le monde sait lire
Pour déchiffrer le mode d’emploi
d’un aspirateur, d’une poêle à frire.
Chacun a son petit téléphone à soi
et l’œil rivé sur son petit écran,
en oublie l’art de la conversation
au profit de la communication.

Sur le net on a tout ce qu’on veut,
Mais on ne sait pas le trouver.
C’est comme si on avait des yeux
Qui ne servent pas à regarder.
Tout semble facile, ça rend imbécile,
Tout va trop vite, ça court, ça défile,
On n’a pas le temps de réfléchir,
Juste le temps de vivre et de mourir.

« on n’a pas su s’arrêter à temps… »
Les gens dorment, pressés d’aller dehors.
Prenons garde que le soleil nous éblouisse,
faisons que les pessimistes aient tort,
et que rien ne nous punisse
d’avoir vécu sans souci, sans remords.