#29 PETITE CHANSON ENERVEE

15 avril 2020

Depuis un moment c’est devenu très commun,
Chacun sur la toile s’évertue à tromper l’ennui
Et pour fuir ses pensées à l’approche de la nuit
Cherche les images des autres et les pensées des uns.

Puis ne sachant que dire de la situation
Et pour s’éviter tout essai de réflexion,
Balance messages tout faits à ses voisins.
Ainsi par milliers circulent dans l’espace
Des textes douteux écrits par des inconnus,
Des pancartes ornées de slogans confus,
Des plaisanteries, des vannes sans grâce.

Parfois surgissent des pépites, des bijoux,
Au milieu du fatras, des sketches des guignols,
Des chansons bien tournées, des trucs de fous.
Mais c’est le festival des branquignols
Comme un raz de marée qui envahit tout.
Si l’on ose une critique, une remarque,
le silence répond, un petit dessin en retour,
jamais rien qui laisse la moindre marque
d’intérêt ou de sentiment personnel.
C’est difficile d’écrire, à la fin c’est lourd,
ça demande un effort, ceux qui le font,
je les remercie pour les rires, les sourires,
les petits clins d’œil qui chassent le pire.

Depuis le seize mars deux mille vingt,
Ce qui était sans importance vitale,
Les coups de fil, les messages lointains,
Les livres, les mails, éloignent le mal
et nous font sentir la présence des gens.
Les réseaux infiltrés dans notre temps
nous donnent l’illusion d’être sociaux
mais chacun reste dans sa petite bulle
il ne faut surtout pas que ça brûle
le principal c’est de rester en contact
et de ne surtout pas passer à l’acte,
acte défendu, distanciation forcée,
virus oblige, sentiments mal placés.