Rencontre avec Alban Bensa – Samedi 8 juin 2019

juin 2019

Rencontre, le samedi 8 juin 2019 à 19h30, avec l’anthropologue Alban Bensa à propos du livre de Michel Levallois « De la Nouvelle-Calédonie à Kanaky. Au cœur d’une décolonisation inachevée« , éditions Vents d’Ailleurs, 2018.

Avec la participation de Geneviève Levallois

Dans un livre important et remarquablement bien écrit Michel Levallois, disparu juste avant le référendum d’auto-détermination de la Nouvelle Calédonie du 4 novembre 2018, revient sur près d’un demi-siècle des événements qui ont secoué cet archipel marqué au fer par le fait colonial.

Pour rappel, la France a pris possession militairement de la Nouvelle-Calédonie en 1853 avant d’en faire un territoire d’Outre-mer en 1946. La Nouvelle-Calédonie est au cœur d’un enjeu stratégique dans le Pacifique, économique avec ses mines de nickel, et idéologique entre partisans de la décolonisation et militants de l’indépendance.

Michel Levallois, grand commis de l’Etat, a suivi de très près, comme acteur puis comme témoin, l’évolution politique de la Nouvelle-Calédonie de 1970 à 2018. 

Sa connaissance du terrain, sa proximité avec les acteurs majeurs de ce dossier – particulièrement les Kanak Jean-Marie Djibaou et Yeiwené Yeiwené, assassinés en 1989 – autant que les archives qu’il a conservées de cette période  font de ce livre le témoignage rare d’un acteur politique de premier plan.  

Homme de conviction et ardent partisan d’ « une décolonisation fraternelle  », son ambition était de trouver des voies pacifiques à la situation coloniale qui perdurait en Nouvelle Calédonie afin de garantir aux Kanak la maîtrise de leur destin dans « une coexistence équilibrée, libre et harmonieuses sur un même sol » avec les autres composantes de la population des îles. 

Michel Levallois (1934-2018),  issu d’une famille créole guyanaise passe une partie de son enfance et adolescence à Madagascar. Ancien Secrétaire général de la Nouvelle-Calédonie, préfet puis directeur des affaires politiques au secrétariat d’État aux DOM-TOM, il a consacré sa carrière de haut fonctionnaire à défendre l’idée d’une « décolonisation fraternelle et pacifique  » de la Nouvelle Calédonie.

Alban Bensa, anthropologue, directeur adjoint de l’Iris et directeur d’études à l’EHESS,  est spécialiste de la Nouvelle-Calédonie et des mondes kanak. Parti étudier la communauté kanak, c’est sur le terrain qu’il a progressivement choisi de conjuguer la recherche scientifique et l’engagement politique. Cette posture est d’autant plus assumée qu’elle constitue la singularité et la spécificité de son itinéraire d’ethnologue en Nouvelle Calédonie. Parmi ses publications nombreuses, citons ces trois livres : « Les sanglots de l’aigle pêcheur La guerre kanak de 1917″, « Toulouse : Anacharsis », 2015. « Après Lévi-strauss : pour une anthropologie à taille humaine », Paris : Textuel 2010 et « La fin de l’exotisme : essais d’anthropologie critique », Toulouse : Anacharsis, 2006

A PROPOS DU REFERENDUM DU 4 NOVEMBRE 2019

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » 

Trente ans après les accords de Matignon puis ceux de Nouméa,  à cette question posée le 4 novembre 2018 par référendum aux électeurs de Nouvelle-Calédonie, le non l’a emporté comme le redoutait Michel Levallois en ces termes «  un vote couperet confirmant une nouvelle fois l’impossibilité des Kanak de se réapproprier leur pays et le refus des non-kanak de vivre dans un pays qui ne ferait plus partie de la République… ». 

Il parle dans le dernier chapitre de son livre au titre significatif « 1998-2018, décolonisation réussie ou recolonisation programmée ? » de consolidation de la situation coloniale au détriment des Kanak. Selon lui,  les trente années de 1988 à 2018 ont facilité l’enrichissement des communautés autres que le peuple kanak et, sous couvert de décolonisation, ont institué une recolonisation. 

Il conclut son ouvrage par ce constat décapant :  

« J’ai eu très tôt la conviction que la Nouvelle-Calédonie n’allait pas vers un pays nouveau, une “communauté humaine affirmant un destin commun”, leitmotiv des commentateurs de l’accord, mais bien au contraire que, nolens volens de la part de l’Etat en tout cas, et en dépit des transferts de souveraineté de l’état vers le territoire, se mettait en place une consolidation de la situation coloniale. »