Hommage à Franck Evrard – Mercredi 25 juin 2014

juin 2014

FranckEvrardHommage, le mercredi 25 juin 2014 à 19h 30, à Franck Evrard le « polygraphe fou » par ses amis Mathias Lair et Valérie Prévost & le Magazine le 13 du mois.

Lecture d’un inédit de Franck Evrard « Léon Blum, l’enfant et la mer » & de quelques unes de ses savoureuses chroniques sur le 13ème arrondissement.

Né le 1ᵉʳ juillet 1960 Franck Evrard nous a quitté le 20 juin 2013.

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Franck Evrard par Valérie Prévost
C’est en tant que lectrice assidue et amie de l’essayiste, Franck Evrard, que je voudrais revenir sur son œuvre dont l’importance et la cohérence, en dépit de l’éparpillement éditorial, méritent d’être rendues plus visibles.
Commençons par son parcours universitaire, avec une première thèse sur « L’image du corps sartrien », sous la direction du grand critique et poéticien Jean-Pierre Richard, puis sa thèse doctorale en Arts du spectacle, suivie par Michel Corvin, sur « La représentation du corps cadavérique dans le théâtre contemporain » – après le temps des idéologies est venu, comme un retour de boomerang, celui des singularités travaillées par les affects, la nausée et la mort.

« Polygraphe fou », comme il aimait à se présenter, il passait de la nouvelle (Enfances démontées,  L’Odeur du bonsaï avant licenciement et autres récits des tropiques néo-libéraux), genre qu’il affectionnait pour sa brièveté, son éclat, sa plasticité, à celui de l’essai dans lequel il creusait ses sujets de prédilection : l’humour, les paradoxes, l’art de la nouvelle, défendant aussi des pans de la littérature longtemps considérés comme mineurs : la littérature populaire, le polar, la chanson. Il consacra en outre de multiples monographies aux auteurs qu’il chérissait comme Camus, Koltès, Céline, Perec, Foucault, Barthes

Toujours présente, la réflexion sur le corps – qu’il considérait comme « la marque anthropologique du XXème siècle » – le mena à rechercher « des formes plus joyeuses de la corporéité », que ce soit dans le sport, avec son Dictionnaire passionné du football ou dans des essais consacrés à  L’Érotique des lunettes, L’Érotique du tennis, qui mettent en jeu la représentation écrite du corps.
Passionné par l’écriture, il ne délaissait pas pour autant le champ social, que ce soit par ses activités d’animateur de revue « Contre-Vox » dont le titre dit à la fois la proximité, tout contre, et l’opposition au sens unique… ; celle de directeur de troupe et auteur de théâtre ( Luna ,  Fait divers pour un non-lieu ) ; l’animation pendant plusieurs années d’ateliers d’écriture dans le 13ème arrondissement et enfin à travers sa passion pour la littérature policière qu’il considérait comme « une littérature d’intervention sociale », en particulier celle des auteurs du 13ème (Demouzon, Fajardie, Pouy, Mercado), auxquels il a rendu un bel hommage dans son essai  Le 13ème au noir, essai de littérature polarisée

Toujours à l’affût des traces en sémiologue averti, il ne boudait pas son déplaisir d’appartenir à une époque postmoderne, désenchantée, dont il se donna le mal d’interpréter les signes, dans son dernier essai, profondément original,  Claude François ou les sirènes de la postmodernité , au titre volontairement ambigu, signifiant à la fois l’alerte, les effets de dissonance et la séduction, et dans lequel il met en lumière de nombreux jeunes talents.
En ce sens, il a toujours été un passeur de littérature, que ce soit par ses écrits, ou son activité d’enseignant. Il parlait toujours, avec jouissance, de sa richesse et de sa capacité à prendre en charge la totalité d’une expérience.

Mais c’est peut-être en tant que chroniqueur du 13ème que certains l’ont connu, dont les articles savoureux paraissaient mensuellement dans « Le 13 du mois », où se concentrait sa poétique amoureuse d’un arrondissement dont il avait fait sa muse : de la ligne 6 à la Salpêtrière, du square Le Gall au lycée Rodin, son ode à la Bièvre souterraine… et où il vivait depuis plus de 40 ans.

Valérie Prévost – mai 2014

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Télécharger l’invitation et le texte de Valérie Prévot.